Lettre aux paroissiens de l'Abbé Jean Marie Launay

4ème dimanche de carême

Chers amis paroissiens,

Le vendredi 13 mars dernier, plus de 30 responsables des paroisses du doyenné se sont réunis en urgence pour
décider ensemble de l'organisation du week-end, suite à l'allocution du président de la république la veille et aux
restrictions imposées quant à la capacité d'accueil de nos assemblées dominicales. Nous étions encore loin de nous imaginer ce qui allait suivre dès le lendemain, à savoir la suppression de toutes les messes, baptêmes et mariages, puis, deux jours plus tard, la décision d'un confinement dont nous ne devinons absolument pas l'issue à ce jour.
Au moment où vous lisez ces lignes, vous vous croyez peut-être encore dans un mauvais rêve, digne d'un scenario catastrophe réservé aux films. Sans nous en rendre compte, nous étions pris dans l'illusion contemporaine d'un monde immortel que la science pouvait protéger de tous périls. Tout au moins dans nos pays dits développés. La première leçon de cette pandémie est sans doute celle d'une humilité à redécouvrir : l'être humain est une créature fragile, invitée à s'en remettre humblement dans les mains de son Créateur.
Certains fondamentalistes voient déjà dans cette pandémie une punition de Dieu suite à une évolution jugée
pervertie des sociétés occidentales ; cette opinion me renvoie aux questions des contemporains de l'aveugle-né de l'évangile de ce dimanche : « Qui a pêché , lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? » Nous savons bien que le Seigneur Dieu auquel nous avons donné notre foi ne peut que donner son Amour. Mais, à la manière dont Jésus répond à ses interlocuteurs, nous faut-il discerner la volonté de Dieu à travers cette épreuve. Il nous invite à une confiance renouvelée en Lui. Comme l'écrit l'évêque de Cayenne à ses diocésains : « aucune épreuve n'est voulue par Dieu. Mais, dans chaque épreuve, nous trouvons un appel de Dieu à revenir vers lui et à respecter le double commandement de l'amour. » Oui, en ces temps où les personnes fragiles ont davantage besoin de nous, nous saurons trouver, en respectant les règles d'un confinement strict, des signes et des paroles de proximité auprès des malades, des familles en deuil et de tous ceux qui sont pris dans les filets de la peur.
Depuis mardi midi, je suis à l'écoute des équipes chargées des funérailles réduites à la plus stricte intimité
familiale. Je les remercie de leur généreuse disponibilité en ces temps difficiles pour des familles privées de la présence des amis. J'essaye aussi d'être attentif aux prêtres et diacres de notre doyenné, afin qu'ils puissent vivre le mieux possible une solitude non choisie, et à partager les ressources spirituelles dont nous avons tous besoin pour tenir bon dans l'épreuve. Pour ma part, j'ai recours aux offices du bréviaire retransmis sur YouTube par la « famille missionnaire Notre-Dame » en direct ou en différé, à la messe célébrée seul ou en union avec la diffusion télévisée des messes de Rome ou de Paris, et au chapelet quotidien de 15h30 à Lourdes pendant cette neuvaine du 17 au 25 mars : autant d'occasions d'une communion inédite avec chacune et chacun d'entre vous. Ce soir, j'ai célébré via Messenger avec 5 membres de mon équipe de catéchuménat dont Jessica et Sabrina qui espèrent toujours leur baptême pour la nuit de Pâques. Enfin, je garde le lien avec les couples de fiancés,et des familles des baptêmes et communions qui s'inquiètent beaucoup au sujet des événements festifs prévus tout au long de ce printemps 2020.
Que nous réservent les jours prochains ? À l'heure où je vous écris, le gouvernement français réfléchit à un
confinement plus intense en réponse à la désinvolture de certains de nos concitoyens qui mettent leur prochain en danger. Quoi qu'il en sera des semaines qui viennent, tout est chamboulé dans les projets paroissiaux pour ce Carême, la semaine sainte et même au-delà : le Festival 1547 est réduit à l'exposition Giotto toujours visible à St Géry, en visite solitaire, la formation des disciples missionnaires sera différée, le pèlerinage à Fatima est annulé comme nombre de manifestations diocésaines et civiles en avril et mai, et j'en passe... Je garde espoir pour la grande fête du doyenné prévue le lundi de Pentecôte 1er juin à Raismes.
Pour cette semaine qui s'annonce difficile au niveau de l'épidémie et donc des soignants, je vous souhaite
beaucoup de courage, de patience et d'espérance, grâce à Jésus « lumière du monde » qui ne peut et ne veut nous laisser seuls.
Je vous suis en communion de confinement dans le Seigneur, avec Marie du Saint-Cordon.
Jean-Marie, votre curé, le 20 mars 2020

Article publié par Claire DUPONT • Publié le Samedi 21 mars 2020 • 250 visites

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